Dans un rayon de jouets, sur des étagères en métal, il y a plein d’animaux en plastique. Ils sont bien rangés, par groupes. Les chiens avec les chiens, les lions avec les lions, les dinosaures entre eux. Personne ne se mélange. C’est normal, ils ne s’aiment pas.
Au milieu, il y a un cheval. Il ne bouge pas. Sur son dos, il y a un chevalier, collé à lui pour toujours. Ils ont des couleurs assorties, comme au Puy du Fou. Autour d’eux, d’autres chevaux avec des chevaliers sont alignés. Ils se ressemblent tous, mêmes poses, mêmes regards vides, seules varient les teintes de leurs armures et les symboles gravés sur leurs boucliers. Un peu plus loin, sur la même étagère, des licornes et des pégases scintillent sous la lumière artificielle. Leurs corps sont couverts de paillettes et possèdent de grandes ailes ou des magestueuse cornes. Trop brillants, trop étranges, les chevaux médiévaux les méprisent.
Pourtant, le cheval ne détourne jamais le regard.
Il les admire,les ailes le fascinent. Cette idée de s’élever, de quitter le sol froid en acier, de traverser autre chose que cette lumière artificielle. Il imagine les paysages imprimés sur la boîte, juste en face du rayon : un cheval libre, au galop dans une prairie infinie, sous un ciel rose. Une image plate mais infiniment plus vivante que tout ce qui l’entoure, une guerre interminable entre espèces. Il est condamné à rester au sol, à avoir les reves le plus flottant...
La nuit tombe et le magasin ferme. Les lumières s’éteignent une à une, jusqu’à rendre le rayon dans une obscurité totale. Sans lumière, il n’y a plus de reflets, plus de paillettes, plus d’images sur les boîtes. Même ses rêves disparaissent. Le cheval reste là, immobile, privé de tout horizon.
Trois possiblilités pour continuer...




